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    November 29

    L'outsider: Anne Sophie Mathis



    Anne-Sophie Mathis est dans la dernière ligne droite. Samedi, elle disputera le titre mondial à Myriam Lamare. En attendant, elle a du mal à dormir.

    NANCY. Lamare-Mathis. Ce combat a tout du choc et personne ne s'y trompe. Invaincu depuis 2002, Myriam Lamare aura samedi soir fort à faire face à Anne-Sophie Mathis, championne d'Europe en titre. Ce combat est donc un événement. Pour mesurer cela, l'intérêt des médias est un bon indicateur.

    Si Myriam Lamare est devenue au fil de ses combats une habituée de la chose, Anne-Sophie Mathis découvre cette effervescence. Et ce n'est pas forcément évident lorsque l'on prépare le plus grand moment de sa carrière. « C'est quelque chose de nouveau pour moië », reconnaît la protégée de René Cordier. « Par moment, c'est un peu dur de rester concentrée. En plus, les questions sont souvent les mêmes et c'est un peu répétitif mais cela fait partie du jeu. C'est beaucoup plus agréable et facile après les combatsë ».

    Hier, comme plusieurs fois ces derniers jours, Anne-Sophie Mathis a vu ses deux séances d'entraînement ponctuées par la présence des médias. Télévision régionale ou nationale comme Canal Plus qui retransmettra samedi soir son combat mais aussi agence de presse ou journaux nationaux, ils sont nombreux à rejoindre la salle Poirson de Dombasle pour découvrir Anne-Sophie Mathis. Avec gentillesse et la complicité de son entraîneur, elle répond aux questions, prends la pose pour les photos et les caméras.

    Cependant, ces visites dans l'antre de travail des boxeurs de Dombasle plus habituée à vivre avec la sueur, les grimaces, les coups de gueule, les bruits secs des coups donnés dans les sacs ou des frottements des chaussures sur le ring et des shorts contre les cordes donnent clairement le ton. La pression monte et elle le sent. « Je suis un peu tendue. Je commence à être un peu moins fatigué que ces derniers jours mais j'ai plus de mal à dormir que lors des jours qui précédaient mes précédents combats. Alors j'essaie de me reposer la journéeë », avoue Anne-Sophie Mathis dont les journées sont très chargées même si elle a pris quinze jours de congés pour ce combat.

    La boxe et Léna

    Cela commence en effet tôt. Préparer le plus grand combat de sa carrière est une chose. Mais vivre pleinement cet événement n'est envisageable qu'avec la complicité de sa fille, Léna de 5 ans. Alors tous les matins, avant de rejoindre René Cordier pour le premier de ses deux entraînements, Anne-Sophie Mathis s'occuper de sa fille pour l'emmener à l'école. Ce sera comme cela jusqu'à son départ à Paris. « Je vais m'en occuper jusqu'à vendredi. C'est important pour moi. Je me lève le matin à 7ë ëhë ëpour elle et je me repose la journée entre les deux séances d'entraînementë », souligne Anne-Sophie Mathis dont l'équilibre passe par Léna et la boxe.

    Après les mises de gants en Allemagne face à des filles aux gabarits proches de celui de Lamare puis face à des garçons au profil également similaires dans des salles du grand Est de la France, le travail foncier est fait. Place désormais aux derniers réglages et à l'analyse vidéo de Lamare avec René Cordier. « Elle ne s'entraîne plus qu'avec moi. Nous avons arrêté les mises de gants pour éviter de prendre un mauvais coup. Nous nous sommes fait deux frayeurs. Vendredi soir, avec un sparring, elle a pris un coup sur le nez qui change tous les jours de couleurs depuis. Et ce mardi matin, elle a failli s'ouvrir l'arcade avec une échelle qui était mal rangée à côté des sacs. Une belle frayeurë », explique l'entraîneur. Lui aussi juge sa boxeuse « un peu perturbée et tendueë ». Et rien n'est fait pour qu'elle retombe. Aujourd'hui, Anne-Sophie met le cap sur Paris pour la conférence de presse de présentation de la soirée. Et un premier face à face avec Myriam Lamare...

    Myriam Lamare

     

     

    Par Sophie Greuil

    MARSEILLE (Reuters) - Myriam Lamare, qui va défendre samedi à Bercy son titre de championne du monde des super-légers face à sa compatriote Anne-Sophie Mathis, est une boxeuse quelque peu atypique.

    Avec ses chaussures customisées, son short et son body dessinés par les costumières des ballets de Marseille, cette artiste à ses heures rêve "de monter un jour sur le ring accompagnée au piano par du Frédéric Chopin".

    Première Française à passer professionnelle, en 1993, la quintuple championne du monde, âgée de 31 ans, aime aussi après chaque combat inviter son adversaire à dîner.

    Myriam Lamare affiche 13 victoires en 13 combats dont six par K.O dans sa catégorie des moins de 63,5 kg.

    SUR LES HAIES

    Native de Saint-Denis dans le "9.3.", Myriam Lamare fit ses premiers pas dans le sport sur une piste d'athlétisme au club municipal d'Aubervilliers.

    A 18 ans, elle était même sixième des championnats de France juniors sur 400 m haies.

    Après un crochet éclair par le full-contact, le hasard la précipite alors vers la boxe.

    "Si je n'avais pas rencontré la boxe, j'aurais très bien pu devenir championne du monde d'athlétisme", dit-elle. "En enfilant les gants, j'ai eu comme une révélation.

    "Soudain, j'ai été submergée d'émotions. Ainsi, j'ai pu y canaliser mon agressivité puis trouver un grand apaisement après chaque entraînement", explique cette fille d'une Algérienne née en France et d'un Français.

    MEILLEURE DU MONDE

    Sur le ring ou face au sac, Myriam Lamare règle d'abord ses comptes avec une enfance "qui aurait pu être mieux".

    Pudique, cette boxeuse soucieuse de son image n'épilogue pas sur cette première tranche de vie où son mal-être s'exprimait "surtout verbalement, où je me faisais surtout mal à moi-même".

    Tout juste glisse-t-elle "avoir reçu des coups dans la vie bien plus douloureux que ceux reçus sur le visage".

    Aujourd'hui, elle a immigré à Marseille où elle est licenciée au Challenge Boxing, dans l'un des quartiers Nord.

    Après cinq titres de championne du monde dont trois pour la WBA, elle aimerait "être reconnue comme la meilleure boxeuse au monde", rêve de participer modestement "à faire les beaux jours de la boxe en France" et souhaiterait surtout "redonner des lettres de noblesse à notre noble art".

    BRUIT SOURD

    Boxeuse réputée complète et athlétique au style estampillé "parfois meilleur que les mecs", Myriam Lamare aime plus ou moins les coups.

    "Je ne boxe absolument pas dans le but de faire mal. Un bon coup est juste une satisfaction technique, conséquence de la maîtrise de mon corps combinée soit ma rapidité, soit à ma précision, soit à une certaine élégance".

    Elle décrit le coup qui réveille :

    "C'est le mauvais coup. S'il ne vous fait pas voir définitivement les étoiles, ce coup au bruit sourd vous ébranle à bon escient parce qu'il réveille votre vigilance, vous remet en selle et vous fait passer la vitesse supérieure."

    COMME HULK

    Sur le ring, Myriam Lamare raffole "jouer au chat et à la souris" et esquive les coquards en entrant en transe comme les héros de ses séries cultes.

    "Alors, mon côté animal s'exprime : je deviens quelqu'un d'autre comme Spiderman, Hulk ou encore Superman. Comme eux, je donne des coups sans vraiment faire mal, sans mettre une vie en danger. Comme eux, je repousse mes limites physiques et psychologiques afin de me dépasser."

    Les gants délacés, Myriam Lamare mue en artiste éclectique. Cette fan de musique joue du piano. Celle qui apprécie Monet dessine des nus ou des paysages au crayon, au fusain ou à l'huile. Elle recycle aussi des objets en détournant un CD en lampe de chevet ou une étagère à pharmacie en étagère à DVD avec paillettes et cailloux.

    Bref, la boxeuse cultive sans relâche les arts nobles.